Nathalie Combier - auteur
  par Guillaume Gallais

« Je ne fais que ce que j’aime. »
L’affirmation peut irriter.
« Je ne fais que ce que j’aime » dans la bouche de mon interlocutrice, c’est bien autre chose.

Nathalie Combier ne nous ennuie pas avec son bonheur, elle nous le trans-mets.
Elle ne fait que ce qu’elle aime, effectivement, mais à la manière dont elle vous le dit vous comprenez qu’elle aime aussi ce qu’elle fait.
Elle publie des livres de cuisine mais ce n’est pas son métier. Elle travaille comme cadre « dans la banque » mais publie des livres de cuisine. Elle vit maritalement, élève deux jeunes enfants mais « trouve le temps de regarder jack bauer », et de publier des livres de cuisine… Mais alors, quand trouve t’elle le temps de répondre à mon interview ?
Elle se lève à 06h30. Elle est au bureau de 08h30 à 18h30. C’est vers 20h, quand débute sa « troisième vie » , celle des enfants couchés et des épisodes en retard de 24 heures chrono, qu’elle fixe notre interview téléphonique.
Je télécharge Skype pour pouvoir enregistrer la conversation et la retranscrire ensuite. Je me rends très vite compte que la réception est trop mauvaise. Je la rappelle alors avec mon portable. Va alors pour un portrait.

Cuisine et dépendance.
Pour ce premier papier il était intéressant de parler d’un auteur que rien, au départ, ne reliait aux maisons d’éditions de la rive gauche. L’idée m’a alors mené à remonter le sillon vers d’autres rives. Celles qui extraient de la brume vaporeuse des cuisines anonymes, de bouillonnantes parutions.
Voilà le portrait de Nathalie Combier, auteur d’une dizaine de livres de recettes parus aux éditions Minerva.
Il fallait parler de Nathalie Combier et s’entretenir une large demi-heure avec elle au téléphone.
Il ne m’a fallu que quelques minutes pour saisir son plaisir évident à écrire des livres. Il ne m’a fallu que quelques secondes pour la tutoyer. Il lui en fallut un peu plus pour coucher les enfants qui ne trouvaient plus leurs titines.
"Je ne suis pas wonderwoman" concède t’elle dans un éclat de rire.
Si sa signature aux éditions Minerva et la publication de livres de recettes (plus d’une dizaine) est une sorte de chance du débutant sagement entretenue au fil des projets, cuisiner ne tient rien au hasard ni à de supposés pouvoirs d’héroïne de bande-dessinée : "A l’époque où on joue avec une poupée moi je tenais déjà un fouet."

Cette jeune maman de 32 ans se souvient d’une petite fille élevée dans la tradition des bonnes choses. Ses grands-mères lui enseignaient l’amour de la cuisine, à table on goûtait à toutes sortes de plats. « Des légumes aussi » précise t’elle.
Aujourd’hui encore elle s’y plait le Dimanche à préparer son « menu amélioré » pour la famille.
Elle jure n’avoir jamais suivi de cours de cuisine. Elle sait pourtant combien les années à zigzaguer, la tête à hauteur de fourneaux, ont été utiles. C’est au milieu des éclats de farine et des cuillères en bois qu’elle a trouvé son meilleur ingrédient.

Le partage
Elle m’explique que l’on cuisinait dans la bonne humeur, comme on rit. J’en déduis que la bonne humeur égaye sa cuisine comme le safran colore le riz. Elle passe les plats aujourd’hui, comme on passerait le relais. Nathalie nous fait découvrir ses recettes.

La vérité c’est qu’elle aime autant cuisiner que passer à table. C’est là qu’elle s’ applique à combler son appétit : 
 "Une bonne fondue me fait plaisir autant qu’un bon petit plat. Je suis toujours prête à me ruer au chinois d’en face."
C’est simple :"La cuisine est le reflet d’une personnalité. Il y a autant de personnalités que de gens."

Depuis quatre ans qu’elle publie des livres, elle joue les polyglottes. Et ses langues s’expriment. De "la cuisine astucieuse des mamans" (2005, éditions Minerva ) à la série des choux, des potirons ou des tomates. Sa figure de proue en tête de gondole. Elle fonctionne à l’envie.

"J'aurais trouvé ça dingue"
Alors il y a 4 ans, quand elle lit un article sur les éditions Minerva, elle se pose la question. Mais pas trop. Déjà elle trouve le numéro de l’attachée de presse, un peu amusée par sa franchise et son naturel, qui gentiment lui suggère de continuer sa passion pour son plaisir personnel. Est venu naturellement le besoin de partager non plus autour de sa table, mais d’en faire profiter celle des autres.
N’a-t-elle pas déjà un travail ?
Dirige t’elle un restaurant ?
Une table ?
Des pistons quelconques ?
A-t-elle seulement des recettes ?
Elle sait très bien une chose. Les maisons d’éditions sont des greniers à papiers où les manuscrits s’empilent.
Elle se prend au jeu. "L’inconscient, peut-être" avance t’elle.
Elle proposera 15 recettes de tartes. Il en faudrait 80 pour un livre. Elle en prépare 100.

Quitte ou double.
Elle fait confiance à l‘attachée de presse (elle n’a pas encore de contrat) et son premier livre sort en 2003.
A raison de 2 à 3 livres par an, on peut dire qu’elle s’est prise totalement au jeu : "Je reste candide. Ce n’est toujours pas un métier fixe. Je n’ai pas décidé d’en faire mon métier. C’est une passion professionnalisée."

Elle n’a jamais quitté son travail. Parce ce qu’elle n’y pense pas et qu’elle aime son travail. Et puis le salaire fixe. Le côté bohème de l’édition c’est pas terrible avec des enfants à charge. De toute façon elle ne signe qu’un livre à la fois. "C’est la meilleure manière de faire ce dont j’ai envie sur le moment" analyse t’elle.
Elle m’avoue qu’en ce moment c’est sa période "planète maman". Elle laisse les idées germer pendant que les petits grandissent un peu. La petite a 9 mois et le grand frère a 3 ans. Elle pense à écrire. Elle le fera. L’envie encore une fois.
Pour l’instant "des idées me trottent dans la tête" me dit-elle. Même prendre des cours de cuisine peut s’envisager. " Mais sans le côté scolaire !" lance t’elle.
Sa cuisine est un perpétuel champ d’entraînement. Je lui suggèrerais presque de transformer son foyer en maison d’hôte pour avoir le plaisir de goûter ses plats.
"Je ne fais que ce que j’aime" dans la bouche de nathalie Combier, ça ne vous irrite définitivement pas. Ça donne envie de faire comme elle.
Mais les journées tournent à 24 heures chrono pour nous tous. Je dois raccrocher. Je ne veux pas empiéter sur Jack Bauer. Chacun sa cuisine, chacun ses vies.

 
Nathalie Combier est auteur de 13 livres de cuisine dont un en collaboration avec Nathalie Valmary  "la cuisine astucieuse des mamans" aux éditions Minerva.
Elle  a également publié "mes tatins", "mes purées", mes soupes" et "mes crumbles" sucrés et salés, ainsi que "les choux", "les potirons", "les agrumes", "les poires", "les pommes", "les pêches et abricots", "les tomates", "les pommes de terre" aux éditions Minerva.
 
   
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